Le syndrome dépressif : le noyau et les symptômes associés

 en Mon bien-être psychologique

Le choix des termes : « syndrome » dépressif plutôt qu’ « état » dépressif

Le syndrome constitue l’ensemble des signes qui peuvent êtres regroupés selon une cohérence logique et clinique. La notion de syndrome nous permet de mieux distinguer les symptômes propres à la dépression de ceux qui y sont associés. J’apprécie également une prise en considération dynamique des troubles.

Une maladie psychosomatique

Les deux traits fondamentaux du syndrome dépressif sont : l’humeur dépressive et le ralentissement psychomoteur (ou l’inhibition ou « perte de l’élan vital »). Ces deux traits doivent être associés afin que le psychiatre puisse diagnostiquer une dépression.

Des symptômes associés

Aux deux symptômes fondamentaux de la dépression peuvent s’ajouter des symptômes somatiques et de l’anxiété.

L’humeur dépressive

L’humeur dépressive renvoie à la tristesse, à la douleur morale. Les personnes expriment un profond désespoir : « je n’en peux plus de vivre ; ma vie n’est que souffrance ». Chez certains la douleur est remplacée par de l’anesthésie. Les personnes expliquent alors « ne plus rien ressentir ». Cet émoussement affectif amènerait à une perte d’intérêt et de plaisir. Cette anesthésie fait plus appel à de la protection face aux affects douloureux qu’aux personnes de l’entourage.

La relation aux autres n’est temporairement plus source de joie. La personne peut exprimer se sentir « un poids pour son entourage ». L’humeur dépressive a en effet un impact négatif au niveau des représentations du monde et de soi.

L’humeur dépressive fige la personne

Widlöcher (1983) explique très bien à quel point l’humeur dépressive imprègne tout le vécu subjectif de la personne dépressive dans sa représentation du monde et dans sa temporalité : remords et nostalgie d’un passé dont on rumine les souvenirs, désintérêt profond pour un présent terne ou douloureux et pessimisme au sujet d’un avenir qui ne fait que conforter l’état actuel de la personne.

Les « toujours » et les « jamais » rythment le discours empreint d’un désespoir profond.

L’inhibition

Suivant Guelfi (1985), l’inhibition comprend une fatigue générale, un désintérêt global et progressif, une réduction de l’activité motrice, une perte d’initiative et une baisse de l’efficience intellectuelle. Les personnes expriment régulièrement dans mon cabinet une mémoire déficiente, une chute du rendement et de la créativité. Il ne faut pas oublier de mettre en lien ce ralentissement moteur avec le ralentissement psychique/émotionnel. Ce ralentissement moteur peut être remplacé par son contraire : une agitation motrice. Quand nous parlons de complexité humaine …

Les symptômes somatiques

Les symptômes somatiques sont la résultante des deux symptômes fondamentaux : l’humeur dépressive et l’inhibition. Ils font partie du tableau clinique de la dépression.

  • Les troubles du sommeil : insomnies dans plus de 60% des cas de dépression : insomnies d’endormissement, réveils nocturnes fréquents avec cauchemars ou encore réveils précoces. Il peut également être observé, mais plus rarement, une hypersomnie. Guelfi (1985) la considère comme une « hypersomnie-refuge » puisqu’elle n’évite au déprimé ni le réveil pénible, ni la sensation désagréable d’un sommeil non réparateur.
  • Les troubles alimentaires : amaigrissement et dégoût de nourriture. Pedinielli et Bernoussi (2004) évaluent entre 80% et 90% la fréquence C’est surtout la perte de poids qui est à considérer comme un symptôme dépressif.
  • Les troubles de la libido : cette baisse de la libido est à mettre en lien avec la perte de plaisir en tout. Cette baisse de la libido favorise les sentiments de dévalorisation et d’atteinte de l’estime de soi.
  • Autres signes somatiques : Carvallo & Cohen (1995) mentionnent les troubles digestifs (diarrhée, constipation, nausées, vomissements, gastralgies), les troubles génito-urinaires : pollakiurie, dysurie, brûlures mictionnelles, les troubles cardio-vasculaires : hypotension, palpitations, bouffées vasomotrices, tachycardie et les troubles cénesthésiques (céphalées, vertiges, crampes musculaires, crispations).

L’anxiété

Le déprimé éprouve un état de tension concernant l’avenir qu’il n’arrive pas à entrevoir et à concevoir. Pour Carvallo et Cohen (1995), il est souvent pris d’angoisses sous des formes variées : gorge serrée, impression de boule au creux de l’estomac, sueurs, nausées, diarrhées, difficultés d’endormissement du fait de ruminations anxieuses.

Je suis tout particulièrement attentive à l’anxiété car lorsque l’inhibition est modérée ou se lève de par la prise nouvelle d’antidépresseur il peut y avoir une majoration du risque suicidaire.

En outre, la personne dépressive peut également avoir une symptomatologie anxieuse associée : agoraphobie, phobie sociale, etc. Cette comorbidité a déjà été estimée à 30%. Ce qui me semble cohérent avec ma pratique clinique.

 

 

Références bibliographiques :

Carvalo (De) W., & Cohen, D. (1995). Etats dépressifs chez l’adulte. In : J.P, Olié, M.F., Poirier, & H., Lôo. (sous la dir.), Les maladies dépressives. Paris : Médecine-Sciences Flammarion.

Guelfi, J.F. (1985). Manuel de Psychiatrie Adulte. Paris : Masson.

Pédinielli, J.L., & Bernoussi, A. (2004). Les états dépressifs. Paris : Nathan.

Widlöcher, D. (1983). Les Logiques de la dépression. Paris : Fayard.

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